Cyclomontagnarde du Jura

Les tourments du Jura

C’était à une réunion du club, le jeudi, Thierry, le président, égrène les différentes activités qui se profilent à l’horizon, les randonnées à venir, comme d’hab quoi, et soudain j’entends le mot « Jura ». Tiens ! Ça me dirait bien, me dis-je en for intérieur (car j’ai un for intérieur n’en déplaise à certains(1)), ça changerait de la Seine-et-Marne. Chouette pays le Jura, de beaux paysages, les fruitières, le Comté et le Vin Jaune, bonne idée. Allez ! Va pour le Jura, quand il le faudra, je m’inscrirai.

Le jeudi suivant, on en reparle en réunion et cette fois-là, je découvre que je n’avais pas tout entendu et tout compris pour le Jura, il s’agit d’une cyclo-montagnarde. Une « cyclo-montagnarde » qu’es aquo ? Dans le brouhaha de la réponse que l’on me fait je n’entends que cette nouvelle information : 4000m de dénivelé positif en 2 jours ! Cela me fait à peu près le même effet que les phares d’une voiture dans les yeux du lapin ; je précise que ce n’est pas à la place du chauffeur que je me sens. (Déglutition…) Ah ? Si c’est comme ça, « je crois que ça va pas être possible »(2). Moi qui commence juste à savoir suivre les autres sur le plat et grimper Tigeaux sans être détruit. 4000 m de dénivelé, ce ne sera pas pour moi, marche arrière, toute.

Et puis un jeudi suivant, on en reparle encore… Ça me tente quand même : l’équipée avec les zozos du club, les routes du Jura, tout ça. Je tergiverse, alors, je vais voir Thierry et lui fais part de mes hésitations et je me souviens très bien qu’il me répond nettement que je peux le faire. Comme je suis bleu-bite en vélo et que je lui fait confiance, je me dis que c’est peut-être vrai (+1). Et Didier en rajoute une couche, qui me dit qu’il ne pédale pas mieux que moi (mon œil !), qu’on sera tous les deux, qu’il m’attendra (+1). Je demande à Denis qui est à peu près à mon niveau tant qu’il ne peut pas s’entraîner davantage, lui non plus n’y va pas (-1). C’est sûr, c’est sûr : je serai le boulet, tout le monde m’attendra. Quand tu es le dernier, tu peux faire tout ton possible, tu restes le dernier et tu fais attendre tout le monde : je déteste ça. Mais au Cyclo Club de Gournay, c’est comme ça, on t’attend, on ne te laisse pas à ta misère. Je regarde Philippe à côté de moi, je lui pose la question de savoir s’il y va au lieu de lui demander ce qui m’inquiète vraiment à savoir si je peux y aller, moi. Sa réponse affirmative et son sourire ravi ne me rassurent pas du tout (-1). La perplexité continue et le jour où Pascal me met le couteau sous la gorge pour l’inscription, je me dis que si je ne fais pas ce Jura, le regret va s’insinuer. Je crains d’aller au casse-pipe mais comme le répète ma femme : « Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer »(3). Alors j’ai signé, en m’inquiétant, mais j’ai signé. Et je suis parti pour la cyclo-montagnarde du Jura.

Et il est arrivé ce qui devait arriver. Le premier jour, à même pas un tiers du parcours, malgré la patience de Thierry, la bosse de trop, au moment de rejoindre le groupe qui m’attendait, je me suis effondré comme… heu… comme… heu… passons. J’ai cru que je ne repartirai jamais. Trop dur ! Vidé à pleurer ! Tandis que j’étais affalé dans l’herbe, le camion de Gagny est passé et, en me voyant, ils ont demandé si ça allait. J’ai pensé que le camion, c’était la solution en effet, mais non, les autres ont répondu à ma place que ça allait, que ça irait. Non mais, allo quoi(4) ! Mais qu’est-ce qu’ils en savent, comment peuvent-ils ?…

A ce moment-là, je ne pouvais pas imaginer que je la terminerai cette cyclo-montagnarde. Je pensais même que je ne pourrai que m’arrêter, déjà si je pouvais arriver jusqu’à l’étape du soir, comment être rapatrié jusqu’au départ ?… Mais je suis arrivé jusqu’à l’étape du soir, je me demande comment d’ailleurs. Et même que je suis reparti le lendemain matin et que je suis aussi arrivé le lendemain soir. Bref, j’ai fini la cyclo-montagnarde du Jura. Je l’ai faite, si ,si. Incroyable !

Je suis vraiment très content de l’avoir faite. Mais qu’est-ce que j’ai été aidé ! Par tout le club, chacun à sa manière : en pédalant discrètement derrière moi, en pédalant devant moi ou à côté de moi, en me prêtant de la poudre de perlimpinpin, en minimisant mes retards ou mes contre-performances, en se moquant de moi (faut bien déconner quand même!), en m’encourageant, en me prévenant de ce qui allait se présenter comme difficulté ou non, en me conseillant, en me répétant les conseils, en me distrayant et au moins en m’attendant. J’ai tellement été aidé que j’en oublie presque les efforts qu’il m’a fallu fournir. Je retiens surtout ce sentiment exaltant de solidarité que m’ont témoigné Thierry, Philippe, Thierry, Michel, Pascal, Didier, Serge, Jean-Marie, Alain, Tony, Marc.

Voilà deux jours que nous sommes rentrés, j’ai encore des images fugaces de routes qui serpentent, de villages lointains avec leur clocher, de prairies tout en fleurs, des montbéliardes qui y sont vautrées, de bois, de vitesse (dans les descentes, les montées je veux les oublier), des envies de respirer à pleins poumons, et, en voiture, je ne peux pas m’empêcher de scruter les dénivelés de la chaussée…

Cependant, je crois que je ne referai pas de cyclo-montagnarde, je n’ai pas la niaque pour cela, je n’ai pas trop envie de rejouer au boulet et de tirer sur la ficelle de la solidarité de groupe. Mais j’espère bien pédaler encore, souvent et longtemps avec tous ces mecs(5) du Cyclo Club de Gournay et partager le bel esprit qui l’anime.
(1) comme aurait pu dire Pierre Desproges
(2) comme le chante Zebda
(3) devise de Guillaume d’Orange-Nassau
(4) formule célèbre de Nabilla Benattia
(5) si elles sont actuellement absentes, les dames sont les bienvenues

Jean-Philippe Squelbut

le jura on s’en faisait toute une montagne

Samedi matin à 4h nous nous retrouvons chez Alain (bien gentil de nous accueillir) où Pascal « Didounet » avec un petit pincement au cœur est venu nous réconforter surtout moi car cela fait une semaine que je me demande si j’ai bien fait de m’inscrire vu les difficultés. Nous sommes plusieurs à n’avoir jamais gravi un col. Nous chargeons les derniers vélos et nous voici partis pour Lons le Saunier.

4h plus tard nous arrivons à destination, Alain et Tony se sont relayés pour conduire. Après quelques péripéties, l’équipe partie la veille nous rejoint au bon endroit.

Pascal qui s’est occupé des inscriptions et dossiers nous remet nos cartes de pointage ainsi que les documents pour repérer les valises. Nous allons déposer les bagages puis posons pour une photo pour immortaliser le moment.

Il est 9h30, ça y est nous décollons nous traversons Lons le Saunier sous un soleil radieux par une voie verte bien sympathique, la mise en chauffe se passe gentiment, puis la première difficulté arrive, c’est inscrit au pied de la montée sur une pancarte, mettez tout à gauche, t’inquiète-je ne pensais pas faire autre chose !!! La cote a des passages à 18% une chose est sure, on était prévenu.

Maintenant que nous sommes chauds nous pouvons profitez des merveilleux paysages et le mot n’est pas trop fort le décor est splendide, nous en prenons plein les yeux et plein les poumons.

50 kms passés nous arrivons au ravitaillement, jusqu’à la tout s’est bien passé. Nous récupérons et prenons des forces pour l’après midi car les vraies difficultés arrivent.

20 kms après le ravitaillement nous attaquons la cote de Sarrogna elle est très longue, je regarde furtivement le Garmin il m’annonce du 10 et 11% par moment, la chaleur écrasante nous appui sur la tête, tout le monde monte à son rythme, Thierry, Philippe et Michel réconfortent Jean Philippe, elle est interminable !!

Les premiers arrivés vont nous attendre longtemps, quand Jean Philippe arrive il est épuisé moralement mais il en a encore sous la pédale !!

Serge lui propose sa poudre blanche, elle va avoir un effet incroyable, Jean Philippe est métamorphosé. Il a retrouvé énergie et bonne humeur.

Nous continuerons notre périple toute la journée où nous affronterons la chaleur et la montagne. Même notre Président que je pensais invulnérable va souffrir de la chaleur, pour vous dire que c’était difficile.

Nous arrivons vers 17h à « Les Piards » ou nous allons pouvoir nous restaurer et nous reposer. Les bagages sont arrivés. Nous nous rendons dans nos chambres, nous sommes cinq par chambres je vous laisse deviner le prénom de mon compagnon de lit !! Mais il en faut bien un qui se dévoue « Didounet » n’étant pas là.

Nous passons une bonne nuit, nous en avions bien besoin, le lendemain matin petit déjeuner à 7h avec le sourire pour toute l’équipe !! Avant de descendre on ouvre la fenêtre et quelle surprise il pleut. Changement de tenue on prépare les k-ways, les vestes thermiques. Nous nous préparons et partons vers 8h ou la pluie s’est arrêtée, sympa le début de cette deuxième journée est une belle descente jusqu’à Saint Claude la capitale de la pipe. Nous nous arrêtons pour faire quelques photos et mettre les bonnes tenues car maintenant c’est un col de 15 kms qui nous attend. Nous prenons cela avec le sourire vous voyez que cela s’arrange !!! Nous montons tous à notre rythme et tous les kms on a une borne pour nous rappeler le pourcentage et la distance restante des fois que l’on soit perdu !! une fois tous en haut nous immortalisons l’évènement.

Jean Philippe qui a bien aimé la poudre la veille en redemande à Serge cela doit être bénéfique, quelle forme il a eu toute cette journée, il a même ajouté quelques kms en monté, quand on aime on ne compte pas. Il aurait même pu nous faire la pancarte à l’arrivée mais il est courtois !!

Nous enchainons successivement les cols quand un orage vient tout perturber, des trombes d’eau, de la grêle nous forcent à nous arrêter dans une grange pour certains un gymnase pour d’autre juste Thierry et Marc qui ont continués ayant peur d’être frigorifiés.

Une demie heure plus tard nous repartons et essayons de se retrouver pour reformer le groupe on grelotte, les jambes tremblent, on arrive sur le col de la Joux ce qui nous réchauffe un peu, je ne vous explique pas pourquoi !! nous continuons jusqu’à l’arrivée groupés et accompagnés de la pluie. Nous nous retrouvons tous prenons notre douche puis chargeons les vélos. Oui c’est déjà le retour, je m’en faisais toute une histoire et je ne pense pas être le seul, en fait ce fut un superbe moment, inoubliable.

En conclusion, je remercie tous les membres du bureau et le Président de nous faire partager des moments exceptionnels et conviviaux, nous savons que cela demande énormément de travail de préparation, d’organisation, de logistique et bien d’autre tracas. Je suis fier de faire partie du Club de Gournay et de pouvoir le crier fort à chaque sortie quand nous en croisons d’autres bien plus triste.

Merci à tous et que cela continue très longtemps, c’est une bonne thérapie.

P.S. Bravo à Jean Philippe qui a accompli un bel exploit, comme quoi tu pouvais le réaliser même si j’ai eu un moment de doute. Tu nous as prouvé que nous avions raison. Tu sais je ne t’ai pas attendu, je n’ai pas les moyens d’aller plus vite. Il faut bien des derniers sinon il n’y aurait pas de premier !! Bravo et vivement la prochaine.

Didier